fbpx Ce que vous savez sur les gras saturés est peut-être faux | Articles | Nutritionniste Diététiste | EquipeNutrition

Blog

Ce que vous savez sur les gras saturés est peut-être faux

11.18.2021

Les recommandations nutritionnelles invitant les Canadiens à limiter leur consommation d'acides gras saturés (AGS) afin de réduire leur risque de maladie cardiovasculaire (MCV) ne sont pas appuyées par la science. Nous réfutons ici les trois présomptions principales qui sous-tendent les recommandations actuelles sur les AGS.

Présomption 1 : La réduction de l'apport en AGS réduira les taux de LDL, ce qui entraînera une diminution du risque de MCV.

Également connue sous le nom d'hypothèse diète-cœur (“diet-heart hypothesis”), cette présomption est limitée par plusieurs observations. Premièrement, le lien de causalité entre le taux sérique de LDL et le risque de MCV n'est toujours pas établi : une grande étude randomisée contrôlée (ERC) incluant 48 835 femmes ménopausées a démontré qu'une intervention à faible teneur en AGS réduisait le taux sérique de LDL sans réduire le risque de MCV [1].

Deuxièmement, malgré la relation incertaine entre le taux sérique de LDL et le risque de MCV, de nombreux ERC ne mesurent que les marqueurs de MCV sans mesurer les résultats liés aux MCV [11].

Troisièmement, de nombreuses ERC ne font pas la distinction entre les grosses particules flottantes (lb) et les petites particules denses (sd) de LDL, même si les particules sd-LDL sont plus athérogènes et prédictives du risque de MCV que les LDL totales et les lb-LDL [2,4,11]. En fait, contrairement à l'hypothèse diète-cœur, les AGS alimentaires augmentent principalement les lb-LDL, plutôt que les sd-LDL athérogènes [2].

Quatrièmement, plusieurs ERC portant sur des interventions à faible teneur en AGS ont remplacé les AGS alimentaires par des acides gras polyinsaturés (AGPI) et ont systématiquement observé une réduction des LDL sériques et du risque de MCV [17-20]. Cependant, on ne sait toujours pas si c'est la réduction de l'apport en AGS ou plutôt l'ajout d'AGPI cardioprotecteurs qui est à l'origine des bienfaits sur les MCV [11].

Enfin, les autres preuves à l'appui de ce postulat proviennent d'études observationnelles. Par contre, l'interprétation de la causalité et la généralisation des résultats sont fortement limitées par de multiples facteurs confondants (par exemple, le biais de l'utilisateur sain), le manque d'outils validés pour l’ajustement fiable pour les variables confondantes, et les méthodes de mesure de l'apport alimentaire qui sont susceptibles d'être biaisées par l'autodéclaration.

Bref, l'hypothèse diète-coeur reste non établie et nécessite des recherches plus approfondies.

Présomption 2 : Tous les AGS ont les mêmes effets sur la santé cardiométabolique

La recommandation générale de limiter la consommation d'AGS implique que tous les AGS, indépendamment de leur type ou de leur source alimentaire, peuvent être traités comme un nutriment unique ayant des conséquences uniformes sur la santé. Cette présomption est fausse. Par exemple, les acides myristique et palmitique augmentent les LDL sériques, mais l'acide stéarique a un effet neutre et les acides pentadécanoïque et heptadécanoïque dérivés des produits laitiers améliorent le profil lipidique et réduisent le risque de MCV [3,4,8-11].

Traiter toute une classe d'AGS comme s'il s'agissait d'un seul et même nutriment est simpliste, brouille les pistes de la littérature et risque d'induire la population canadienne en erreur.

Présomption 3 : Il n'y a aucun danger potentiel à limiter l'apport en AGS

La recherche et la santé publique ont mis l'accent sur les effets néfastes d'une surconsommation d'AGS, mais ont largement ignoré les risques potentiels d'une sous-consommation d'AGS. Pourtant, la diminution de la consommation d'AGS a été associée à un risque accru d'AVC [12-14]. De plus, de nombreuses études d'observation récentes et de grande envergure ont montré que la limitation de la consommation d'AGS augmentait en fait le risque de MCV, probablement parce que les participants avaient tendance à remplacer les aliments riches en AGS par des glucides raffinés [11,15,16]. D'autres recherches sont nécessaires pour justifier la recommandation générale selon laquelle tous les Canadiens doivent limiter leur consommation d'AGS autant que possible.

Comprendre la controverse

Le modèle de l'adaptation homéovisqueuse aux lipides alimentaires (HADL)  a récemment vu le jour, soutenant que les taux de LDL fluctuent en réponse aux changements d'apports alimentaires en AGS afin de maintenir une fluidité membranaire optimale dans toutes les cellules et tous les tissus [4]. Le modèle HADL affine notre compréhension du lien entre les AGS et le LDL en recadrant l'élévation du LDL comme une caractéristique de l'homéostasie adaptative, plutôt que comme un marqueur nécessairement pathologique.

Les gens mangent des aliments, pas des nutriments

Les recommandations générales aux Canadiens pour qu'ils limitent leur consommation d'AGS ne sont pas soutenues par des preuves suffisantes, et les professionnels de la santé devraient se méfier du fait que donner aux patients des recommandations nutritionnelles trop générales est inefficace et potentiellement dangereux. Nous préconisons plutôt des interventions globales qui se concentrent sur la totalité du régime alimentaire et qui sont adaptées à la biologie, aux priorités et au mode de vie uniques de chaque personne. L’équipe de nutritionnistes chez ÉquipeNutrition est experte dans l'adaptation de sa pratique à la pointe de la science de la nutrition et dans la coordination avec les autres professionnels de la santé afin de fournir une thérapie nutritionnelle de qualité, fondée sur des preuves et personnalisée pour aider vos patients à atteindre la santé cardiométabolique.

Pour en savoir plus au sujet d’ÉquipeNutrition et nos services, contactez-nous!

Cet article a été rédigé par notre stagiaire Tim Leung, sous la supervision de Genevieve Marchand Dt.P.

Références

1.   Howard, B. V., Van Horn, L., Hsia, J., Manson, J. E., Stefanick, M. L., Wassertheil-Smoller, S., ... & Kotchen, J. M. (2006). Low-fat dietary pattern and risk of cardiovascular disease: the Women's Health Initiative Randomized Controlled Dietary Modification Trial. Jama, 295(6), 655-666.
2.    Ivanova, E. A., Myasoedova, V. A., Melnichenko, A. A., Grechko, A. V., & Orekhov, A. N. (2017). Small dense low-density lipoprotein as biomarker for atherosclerotic diseases. Oxidative medicine and cellular longevity, 2017.
3.    Sjogren, P., Rosell, M., Skoglund-Andersson, C., Zdravkovic, S., Vessby, B., de Faire, U., ... & Fisher, R. M. (2004). Milk-derived fatty acids are associated with a more favorable LDL particle size distribution in healthy men. The Journal of nutrition, 134(7), 1729-1735.
4.    Zinöcker, M. K., Svendsen, K., & Dankel, S. N. (2021). The homeoviscous adaptation to dietary lipids (HADL) model explains controversies over saturated fat, cholesterol, and cardiovascular disease risk. The American Journal of Clinical Nutrition, 113(2), 277-289.
5.    Dehghan, M., Mente, A., Zhang, X., Swaminathan, S., Li, W., ... & Rosengren, A. (2017). Associations of fats and carbohydrate intake with cardiovascular disease and mortality in 18 countries from five continents (PURE): a prospective cohort study. Lancet, 390, 2050-2062.
6. Health Canada. (2019). Canada’s Food Guide. https://food-guide.canada.ca/en/.
7. Heart & Stroke Foundation. (2015). Dietary fats, oils and cholesterol. https://www.heartandstroke.ca/healthy-living/healthy-eating/fats-and-oils.
8.    Kris-Etherton, P. M., & Yu, S. (1997). Individual fatty acid effects on plasma lipids and lipoproteins: human studies. The American journal of clinical nutrition, 65(5), 1628S-1644S.
9.    Panth, N., Abbott, K. A., Dias, C. B., Wynne, K., & Garg, M. L. (2018). Differential effects of medium-and long-chain saturated fatty acids on blood lipid profile: a systematic review and meta-analysis. The American journal of clinical nutrition, 108(4), 675-687.
10.  Cater, N. B., Heller, H. J., & Denke, M. A. (1997). Comparison of the effects of medium-chain triacylglycerols, palm oil, and high oleic acid sunflower oil on plasma triacylglycerol fatty acids and lipid and lipoprotein concentrations in humans. The American journal of clinical nutrition, 65(1), 41-45.
11.  Krauss, R. M., & Kris-Etherton, P. M. (2020). Public health guidelines should recommend reducing saturated fat consumption as much as possible: NO. The American journal of clinical nutrition, 112(1), 19-24.
12.  Forouhi, N. G., Krauss, R. M., Taubes, G., & Willett, W. (2018). Dietary fat and cardiometabolic health: evidence, controversies, and consensus for guidance. Bmj, 361.
13.  Astrup, A., Bertram, H. C., Bonjour, J. P., De Groot, L. C., de Oliveira Otto, M. C., Feeney, E. L., ... & Soedamah-Muthu, S. S. (2019). WHO draft guidelines on dietary saturated and trans fatty acids: time for a new approach?. Bmj, 366.
14.  Kang, Z. Q., Yang, Y., & Xiao, B. (2020). Dietary saturated fat intake and risk of stroke: systematic review and dose–response meta-analysis of prospective cohort studies. Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases, 30(2), 179-189.
15.  Xi, B., Huang, Y., Reilly, K. H., Li, S., Zheng, R., Barrio-Lopez, M. T., ... & Zhou, D. (2015). Sugar-sweetened beverages and risk of hypertension and CVD: a dose–response meta-analysis. British Journal of Nutrition, 113(5), 709-717.
16.  Malik, V. S., & Hu, F. B. (2019). Sugar-sweetened beverages and cardiometabolic health: an update of the evidence. Nutrients, 11(8), 1840.
17.  Paniagua, J. A., Pérez-Martinez, P., Gjelstad, I. M., Tierney, A. C., Delgado-Lista, J., Defoort, C., ... & LIPGENE Study Investigators. (2011). A low-fat high-carbohydrate diet supplemented with long-chain n-3 PUFA reduces the risk of the metabolic syndrome. Atherosclerosis, 218(2), 443-450.
18.  Mozaffarian, D., Micha, R., & Wallace, S. (2010). Effects on coronary heart disease of increasing polyunsaturated fat in place of saturated fat: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. PLoS medicine, 7(3), e1000252.
19.  Rosqvist, F., Kullberg, J., Ståhlman, M., Cedernaes, J., Heurling, K., Johansson, H. E., ... & Risérus, U. (2019). Overeating saturated fat promotes fatty liver and ceramides compared with polyunsaturated fat: a randomized trial. The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 104(12), 6207-6219.
20.  Clifton, P. M., & Keogh, J. B. (2017). A systematic review of the effect of dietary saturated and polyunsaturated fat on heart disease. Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases, 27(12), 1060-1080.

Contacter nos nutritionnistes - diététistes, c'est la première étape vers la réussite de vos objectifs. 

Nous joindre